Article 1:
Les entreprises ont appris à accompagner le changement. Elles savent désormais mobiliser des outils, des méthodes et des dispositifs pour soutenir les transformations organisationnelles. Pourtant, lorsqu’un salarié est confronté à une perte majeure dans sa vie personnelle, l’entreprise se retrouve souvent démunie.
Transformer une organisation, fermer un service, abandonner un projet ou fusionner des équipes, mobilisent souvent les mêmes mécanismes psychologiques qu’un deuil : perte de repères, incertitude quant à l’avenir, stress et émotions contradictoires, quête de sens, sentiment d’injustice. On parle alors d’un deuil symbolique ou organisationnel. A l’inverse lorsqu’il s’agit d’un deuil personnel, celui-ci trouve difficilement sa place pour être exprimé et vécu au sein de l’entreprise. C’est un sujet qui soulève encore beaucoup de réticence quant à sa prise en charge et qui questionne : comment prendre en charge, quelles limites respecter, quel est le rôle d’un manager sur ce sujet privé si délicat à aborder ? Autant de questions légitimes mais qui empêchent les organisations de s’emparer d’un sujet source de transformation.
Spontanément, les gens associent le deuil à la perte d’un proche. Pourtant chaque rupture de vie plonge l’individu dans cette expérience de vie. On peut répertorier quatre situations de perte majeures en entreprise : un divorce/une séparation, la maladie, la proche aidance, le décès. Ces ruptures peuvent altérer fortement le fonctionnement habituel de tous les salariés au niveau physique, psychologique et émotionnel.
Les organisations ont déjà développé des aptitudes dans l’accompagnement des changements. Elles peuvent s’appuyer sur leur savoir-faire existant pour aller plus loin et accompagner les répercussions des deuils privés au sein de l’entreprise. Chaque membre de l’entreprise est ou sera concerné par le sujet au cours de sa carrière. Avec l’inversion de la pyramide des âges, les entreprises seront de plus en plus confrontées aux problématiques liées à la maladie des salariés, à la proche aidance et au décès. Dans un contexte où les vulnérabilités humaines et la performance cherchent leur équilibre, la question est de savoir comment les entreprises peuvent accompagner le deuil tout en restant fidèle à leurs prérogatives professionnelles et quel est leur intérêt de le faire ?
Le deuil : une réalité plus fréquente qu’on ne le pense en entreprise
Le vécu de deuil est un processus naturel de réparation qui intervient après une perte majeure. En fonction du lien émotionnel existant avec la personne ou la situation de vie disparue, l’intensité de la douleur vécue au moment de la perte est plus ou moins intense. Les salariés concernés peuvent voir leur fonctionnement habituel altéré dans le temps. Le problème soulevé par les deuils privés est la méconnaissance de ses effets dans l’environnement professionnel.
Ces ruptures de vie produisent des effets tangibles sur l’organisation : absentéisme dû aux arrêts de travail (69% des endeuillés se sont absentés en 2021 suite à un décès[1]), baisse de la productivité de 10 à 30%[2], risque de démission (11%)[3], risque de déclencher ou d’aggraver une pathologie existante (physique ou mentale : 12%[4]), altération de la cohésion d’équipe, risque de harcèlement involontaire, etc. On constate que l’entreprise est touchée à tous les niveaux organisationnels.
Quelques chiffres clés :
- 1 Actif sur 2 a été confronté au deuil au travail
- 1 manager sur 3 a été confronté à un collaborateur en deuil
- Les arrêts de travail liés à un deuil durent en moyenne 34 jours, soit 700 Million d’euros d’indemnités journalières chaque année
- 5 à 10% des salariés sont touchés par un deuil chaque année, soit pour une entreprise de 1000 salariés, 50 à 100 collaborateurs (soit 1 à 2 salariés par semaine)[5]
- Coût du turn over pour un cadre avec un salaire de 50 000€ annuel : entre 25 000e et 37 000e le départ (recrutement, formation du nouvel arrivant, perte de productivité et désorganisation de l’équipe)[6]
- 80% des salariés estiment le soutien des RH inadapté, inutile ou inexistant
- 660 000 décès par an en France – 3 millions d’endeuillés en France chaque année
- 1 personne sur 2 s’est sentie isolée après un décès, une proportion qui atteint 63% chez les 18-29 ans[7]
- 9 Français sur 10 vivent ou ont vécu un deuil qui les a particulièrement affectés[8]
Ces chiffres représentent uniquement le deuil lié au décès. Si l’on rajoute le divorce, la maladie et la proche aidance, on comprend mieux l’ampleur du sujet et l’impact que cela peut avoir sur les entreprises et leur performance. En cela, le deuil et les ruptures de vie se présentent comme un enjeu stratégique d’avenir pour protéger la santé du salarié et la performance de l’entreprise.
…suite cf article 2
Charlène
[1] Klésia, vivre un deuil en entreprise : guide vivre un deuil en entreprise.pdf
[2] (Livre) Vivre un deuil au travail, la mort dans les relations professionnelles, 49 Les cahiers de l’ESSP
[3] Livre blanc 2, Le deuil au travail, Empreintes : EMPREINTE-LIVRE-BLANC 2022_Papier_C_V20.indd
[4] Livre blanc 2, Le deuil au travail, Empreintes : EMPREINTE-LIVRE-BLANC 2022_Papier_C_V20.indd
[5] Enquête “Les Français face au deuil” 2021 – Empreintes
[6] Coût turn-over entreprise : chiffres réels et solutions | Gandee
[7] Le deuil : le vécu des Français en dix chiffres choc – ladepeche.fr
[8] Neuf Français sur dix vivent, ou ont vécu, un deuil qui les a particulièrement affectés | France Inter

