« Si tu voulais vraiment arrêter, tu le ferais. » Cette phrase, de nombreuses personnes souffrant d’une addiction l’ont déjà entendue. Pourtant, les recherches en neurosciences montrent que l’addiction n’est pas un simple manque de volonté. Il s’agit d’une maladie cérébrale qui altère le fonctionnement des circuits de la récompense, de la mémoire, de la motivation et du contrôle des comportements. Lorsque vous êtes addicts, ces circuits ne fonctionnement plus ensemble.
Le circuit de la récompense : un système qui se dérègle
Notre cerveau possède naturellement un circuit de la récompense. Son rôle est de nous encourager à satisfaire nos besoins essentiels, comme manger, boire ou créer des liens sociaux. Lorsque ces besoins sont comblés, le cerveau libère de la dopamine, un neurotransmetteur associé au plaisir et à la motivation. Une fois le besoin satisfait, ce système s’arrête naturellement. On peut l’imaginer comme un feu de circulation : le feu passe au vert lorsqu’un besoin apparaît, puis au rouge lorsque celui-ci est satisfait.
Chez une personne souffrant d’une addiction, ce mécanisme est perturbé. Le feu reste constamment au vert. Le cerveau continue de rechercher la substance ou le comportement addictif, même lorsqu’il n’apporte plus de véritable plaisir.
Pourquoi est-il si difficile d’arrêter ?
Le circuit de la récompense est étroitement relié au circuit de la mémoire et de l’apprentissage. Chaque consommation est enregistrée avec son contexte : un lieu, une émotion, une personne ou un moment de la journée. Ces souvenirs deviennent progressivement des déclencheurs. C’est pourquoi une simple situation de stress, le passage devant un bar ou une rencontre avec d’anciens amis peuvent réveiller une envie très forte de consommer. Par ailleurs, le cerveau perd progressivement une partie de sa capacité à contrôler les impulsions. Le contrôle inhibiteur, qui nous permet habituellement de réfléchir avant d’agir, devient moins efficace. Ainsi, la personne sait que sa consommation lui fait du mal, mais elle éprouve malgré tout de grandes difficultés à résister.
Quand le plaisir laisse place au besoin
Au début d’une addiction, la consommation procure une sensation de plaisir importante. Avec le temps, le cerveau s’habitue à cette stimulation. Les activités du quotidien, comme pratiquer un sport, partager un repas ou passer du temps avec ses proches, deviennent moins gratifiantes. Dans le même temps, l’équilibre émotionnel se modifie. Les périodes de bien-être diminuent tandis que l’anxiété, l’irritabilité ou le mal-être deviennent plus fréquents. La personne ne consomme alors plus uniquement pour ressentir du plaisir, mais surtout pour éviter ce mal-être. C’est l’une des raisons pour lesquelles il devient si difficile d’arrêter.
Alors, où est la volonté ?
La volonté n’a pas disparu. En revanche, elle doit lutter contre un cerveau dont certains mécanismes fonctionnent différemment. Dire que l’addiction est une maladie ne signifie pas que la personne est impuissante. Cela signifie qu’elle a besoin d’un accompagnement adapté pour retrouver progressivement le contrôle de ses comportements. Les thérapies permettent notamment d’identifier les situations à risque, de mieux gérer les émotions, de renforcer les capacités d’autocontrôle et de retrouver des sources de plaisir plus durables. Travailler sur l’intention et les bonnes raisons d’arrêter le comportement addictif permet de garder un cap pour se sortir jour après jour de cette maladie.
A retenir
L’addiction n’est ni une faiblesse morale, ni un défaut de caractère. C’est une maladie cérébrale ou encore une maladie des émotions, qui impacte la personne au niveau physiologique, psychologique et émotionnel. Cette compréhension est essentielle pour sortir de la culpabilité et porter un regard plus juste sur les personnes concernées. L’addiction est une maladie au même titre que le diabète, qu’un cancer ou tout autre maladie.
La bonne nouvelle est que le cerveau possède une remarquable capacité d’adaptation, appelée neuroplasticité. Avec un accompagnement thérapeutique adapté, il est possible de créer de nouveaux apprentissages, de retrouver un meilleur équilibre et d’avancer durablement vers le rétablissement.
Charlène Prime


